Les pies phénomènes

Publié le par Joëlle Pétillot

Elles traversent le jardin d'un vol sautillant et pressé, branche bien horizontale en bec, solidement tenue. On s'affaire, et ce n'en n'est pas une mince que de se construire le studio qui va bien, confort maxi et remplissage à l'avenant, pour la petite famille. Ces coquettes en habit du dimanche toute la semaine travaillent d'arrache-pattes sans jamais froisser leur guipure.

J'admire.

Mais le printemps est si peu regardant qu'il importe dans mon jardin un nombre conséquent de volants entoilettés joyeux d'humeur et de fort appétit. Le lierre dessinant au cou du lilas encore nu une étole assassine en sait quelque chose, lui dont les baies noires attirent les goulus : cette branche sert à tout, stratégique qu'elle est juste au dessus des feuilles.

Multifonction, messieurs-dames : porte-mésange, soutient-rouge-gorge, séchoir à merles.

Du coup, le jardin chante, toutes grives dehors.

Oui, on sent que ça bouge sous la terre, dessus, les fleurs font leurs timides, l'ellébore se déploie et verdit, -celle-là, comme faux derche, en passant... Faire des fleurs vertes, c'est perturbant. Sont elles fanées, se demande le profane, ou à venir ?-

Elle se contente d'être belle, et penche vers l'oiseau qui picore dieu sait quoi juste devant elle. Il semble presque lui murmurer des choses. L'indifférence, ça paye: toutes les séductrices vous le diront.

Au milieu des notes joyeuses file celle plus rauque de ces dames en noir et blanc. Elégantes, certes, efficaces, ces pies, nul ne peut dire contre.

Mais quant à être mélodieuse... Plutôt angineux, ce chant. Pas à dire, ça gâche un brin. Bouffez du miel, les filles...

Elles s'en foutent ? Oui.

C'est pour ça qu'elles ont table ouverte chez moi.

Vivent les imparfaits qui s'en tamponnent, les mal finis qui assument, les pas conformes qui rigolent.

La pie en éternel smoking a un cri de poivrot qui meugle.

Moi, ça me va.

Publié dans poésimages

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François 01/04/2014 21:51

Moi, ça me va aussi, cette décontraction chicosse

François 01/04/2014 21:50

Toutes grives dehors : lâchez les fauves aux griffes de plumes !

Les caprices de Cachou 10/03/2014 21:05

Il y en a 2 qui font tous les ans leur nid sur le faîte haut d'un sapin surplombant mon chez-moi. Ce qui me fait surtout marrer, c'est qu'elles passent leur temps à s'engueuler. Pas d'accord sur la déco, sans doute.
Ça fait juste des années que ça dure et que je les supplie de divorcer .... !

Nouvel Alain (Mauron) 09/03/2014 15:45

Tout cela dit, les pies, c'est fin, c'est intelligent, c'est rigolo, c'est espiègle. C'est noir et blanc, comme les voitures éponymes...

Nouvel Alain (Mauron) 09/03/2014 15:26

Les pies jacassent, je crois? C'est un verbe qui me convient, je trouve. En tout cas, quand je l'écris ou je le dis, j'entends comme se déchire l'air des pies. Chez moi, il n'y a ni pies ni merles, mais des geais. Et des verdiers, des mésanges et des pinsons, Une huppe parfois, et deux pigeons ramiers, mais surtout des chardonnerets. Le rossignol ne va pas tarder à venir poser ses trilles profondes dans les nuits. Merci pour la fraîcheur, la verdeur de tes mots.

Ryko Marty 07/03/2014 19:07

J'aime lire comment tu épies les pies. Mais pour ce qui est de leur guipure, permets-moi de ramener mon savoir bestiologique, elles passent un paquet de temps à se la lisser. Et je te trouve injuste avec l'ellébore. C'est déjà pas marrant d'être qualifiée de "fétide", quand on est sauvage.

Joëlle Pétillot 07/03/2014 19:12

La mienne a un autre nom. Mais faut que je demande. Je reviens.