Petite chronique des grandes hontes 5 : redoutons les 3 suisses.

Publié le par Joëlle Pétillot

Certains jours, il y a complot. On ne discipline rien: ni ses gestes, ni les évènements, ni les gens: tout nous échappe, désobéit, se dérobe, se dépoile pour ne plus laisser que l'os à ronger de ce qui aurait du se passer. Aurait pu. Si seulement...

Le matin, le facteur sonne, pour déposer un colis. Un colis de la R... ou des 3S... vous savez, les filles, ces usines catalogales à sihouettes fantasmatiques, où la Petite Robe Parfaite, projeté sur l'écran idéal de Notre Personne, Nous sied comme un gant dans la zone du cerveau réservée à cet effet (on appelle ça l'imaginaire) et va provoquer, chez l'Elu qui partage Notre toit :
Au pire : que-dalle : "Tu l'avais pas déjà ? "
Au mieux, en l'occurrence seule prospective admise, -à mauvais entendeur, gros soucis- une marée de bave chez l'intéressé.

Au moment de l'achat, on a cliqué d'une souris fébrile sur les coordonnées diverses.
Depuis, on a attendu.

D'habitude, quand le facteur sonne, on n'est jamais là. On travaille. On rentre le soir, on trouve un avis, on se rend à la poste en galopant pour se trouver, vite, vite, récipiendaire du Saint Objet, qui roupille bien au chaud dans on emballage mou; on est certes corrodée par une journée lambda, pas franchement extatique à l'idée du "qu'est-ce qu'on mange" vespéral, mais la Petite Robe Parfaite est là, qui nous attend. On sourit au postier qui s'en fout, on récupère le machin, on l'essaye en douce, tout va, on range pour la surprise, youkaïdi.
Voilà ; ça, c'est quand tout se déroule... comment dit-on déjà... ? "normalement."

Mais certaines matinées ne sont pas des matinées.
Juste des pansements.

Je vous la refais rapido : l'on a commandé...etc...etc..., l'on attend, etc...
Ce jour là, allez savoir pourquoi, on ne travaille pas. On savoure un petit déj dans la maison vide, en prenant tout son temps, ô journal lu ligne par ligne sans regarder la pendule, ô thé qui fume et odeur chavirante du pain grillé, pot de confiture maison là, juste sous les yeux, beurre salé jaune doré dans son papier bleu...

Dring.

On tend l'oreille.
On regarde discrètement. C'est le facteur, avec le colis mou.
Qu'il va falloir aller prendre de ses mains, donc sortir de la maison.
Pas douchée.
L'oeil gonflé de sommeil.
Le cheveu vaguement hirsute, le pyjama tire-bouchonnant.
Les pieds dans des chaussons qu'on adore traduction : informes et délavés.
En clair: qui va aller recueillir dans ses pauvres mains la Petite Robe Parfaite ?
Réponse étranglée : un pot à tabac en peignoir dont les fils pendouillent ; eh oui, l'éponge vieillit mal.
En signant avec humilité le papier, on lève le nez sur le facteur: beau comme un dieu, le type, un athlète, bien droit sur sa pétrolette. Et gentil, en plus. Il nous regarde en prenant soin de ne pas avoir l'air effondré. Sympa.
On rend le stylo, on a le paquet mou au bras, on fait demi tour, et le voisin qui ne passe jamais dans la rue à cette heure passe. Et nous salue.
On répond un truc du style "bwjouwr", on rentre.

La porte se referme sur un écroulement.

Evidemment, une fois remise et le colis défait, la Petite Robe Parfaite ne vaut pas du tout ce que de droit.
Et la destinataire s'avère bientôt aussi défaite que le colis.

Soupir.

Certains jours, il y a complot.

Petite chronique des grandes hontes 5 : redoutons les 3 suisses.
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Commenter cet article

Sage747 23/07/2015 17:57

En plus, tu avais des miettes au coin de la bouche !

Les caprices de Cachou 22/05/2014 21:48

Il y a des vécus universels :-))

Annie Gehand 21/05/2014 22:16

Joëlle, rassure-toi, le club où je vais t'accueillir les bras grands ouverts a déjà de très nombreux membres… on se réconforte, on se réconforte !!! Signé Annie Gehand

Volets ou vers 21/05/2014 17:56

Y a des jours où c'est pile-poil ce qu'il me faut, ce genre de lecture :-)