Les jours différents des autres, 4

Publié le par Joëlle Pétillot

Les jours différents des autres, 4

Je t'ai laissé couché dans la paille, après un tour à l'estaminet. Suite, donc, de ton quotidien de soldat, en 1939, dans une campagne morne. Tu ne sais pas encore que les barbelés t'encercleront, peu de temps après, pour te voler l'enfance de tes deux premiers gamins.

Evénements de la saison : le champs de pommiers se désagrège, au sommet par la disparition des pommes, à la base par l'apparition des tranchées faites par nous et de fondrières faites par les chevaux.

Ma jument Houri IV (que Deplaix, dit Mickey, mon co-cavalier de la traversée de Paris appelle Henri IV) est indisponible des postérieurs.

Une alerte d'une demi-heure -un avion fantôme- précipite les officiers dans les caves et nous dans les tranchées. Le masque en position de combat on se mitraille à coup de pommes.

Le M.D.L(1) du ravitaillement se fait désarçonner et son cheval se rabote le chanfrein sur un barbelé. Gueulante du patron, douce rigolade des subalternes.

Le chef comptable se noie dans l'hypocondrie parce qu'il a trompé sa femme avec la (ou les ) couturières. Y fallait pas qu'y aille.

Moi, je fais une touche involontaire avec la voisine des ci-dessus couturières. Elle me lave mon linge à l’œil, Mais je n'abuse pas de mon physique agréable avec la pauvre fille. La Cie 9 déménage peu après.

2 Octobre 39

Nous avons changé de paysage. Le champs de pommiers est remplacé par une usine qui nous sert de caserne. Marle-sur-Serre est devenu Saint Richaumond. J'ai fait le trajet de l'une à l'autre en car, Houri IV étant toujours indisponible des postérieurs.

Pays plat, moche, boueux, triste et sentant la betterave. Une seule distraction: le cheval. Je monte Avricourt III quand son maître n'est pas dessus.

A part ça je monte sur les planches du foyer le dimanche soir, et à la tribune de l'église le dimanche matin.

Je deviens entre temps spécialiste en peinture sur véhicules divers, (...) J'ai fabriqué avec une patience de Chinois et du carton paraffiné un double pochoir qui me permet de reproduire sur les voitures en question l'insigne précipité : un tank bleu dans un étrier blanc, idée du capitaine, réalisation de moi. Ça plaît beaucoup... Sans doute à cause de ma bonne volonté et de mes qualités de garde-mites je suis proposé pour le grade de Maréchal des Logis;

1er novembre 39 (...)

Ce changement de paille me procure l'agréable agrément de contempler sur les murs les stars chères à cet aimable distributeur de bafouilles qu'est Granger, alias régisseur de scène de Tabarin et du Paramount.

Au mess on mange un peu mieux qu'à l'ordinaire. Et puis je ne suis plus chef de table. Ces repas sont bruyants. Granger engueule Lhoste-Clos (l'Adjudant Clo-Clo), qui engueule Rollet, qui évoque les souvenirs de bouillon Kub, tandis que le Brigadier Chef André nous confie ses aventures amoureuses avec ses voisines. Cependant, mon ami le Pédagogue essaie d'entendre une symphonie de Beethoven avec un émouvant entêtement. Tout se termine par une vaste bagarre au verre d 'eau.

Rien de particulièrement saisissant pendant cet automne, sauf que neuf jours après ma nomination, mon cheval s'emballant ex-abrupto et sans avertissement préalable, je perds mon assiette et me ramasse adroitement en terrain cabourré avec le coude gauche luxé (2)

(1) Je ne sais pas à quoi correspond ce sigle. Si quelqu'un peut m'aider...

(2) Pour l'anecdote : au moment de la reconstitution de carrière de l'intéressé en vue de la retraite (pas une mince affaire compte tenu de ses multiples activités ) cette chute de cheval lui a valu une bonification au titre de...blessure de guerre. Il en a ri pendant un bon moment.

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Antoine de Rancourt 15/09/2015 23:01

C'est une blessure de "Drôle de guerre"

Les caprices de Cachou 27/04/2015 23:50

MDL, je crois que ça signifie "Maréchal des Logis". Sous réserve de validation par plus averti(e) que moi en sciences militaires !!

Chome 23/02/2015 11:21

M.D.L :( mort de lire ?)
Si le fringant cavalier n'abusait pas de son physique agréable (ce qui conforte ma retenue proverbiale)
serait-tu là pour en rendre compte?