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Publié par Joëlle Pétillot

Le silex des jours, Philippe Colmant

Lorsqu’il nous est donné de lire de la poésie, qui s’invite ? Thématiquement s’entend.

En vrac : le temps, la mer, la mort, les arbres, le ciel, les oiseaux. Sans oublier la pierre, les chemins creux, les morts, les vivants, le passé, l’enfance, l’humanité, l’amour, heureux ou non.

Dans LE SILEX DES JOURS, de Philippe COLMANT, tout le monde est là.

Et l’on marche dans les pas de l’auteur comme à un rendez-vous avec du familier, du proche, du ressemblant.

Et alors ?

Tout cela serait rebattu, mâché cent fois et cent fois lu s’il n’y avait la grâce de mots limpides, dont la clarté porteuse fait qu’on se roule dedans, parce que c’est lui, parce que c’est nous, lecteurs.

On vit. Ou c’est tout comme

Il n’y a que du vent

Dans les veines du temps.

Le sang, c’est pour les hommes

Mais voilà un autre invité, le doute :

Je me suis tu souvent

Ne sachant trop que dire

Qui ne fût déjà dit

Le silence est parfois

Un instinct de survie…

Au-delà de ces mots simples (c’est un compliment) riches de leur beauté dans la ronde qu’ils mènent ensemble se trouve une force d’évocation telle qu’on ne lit plus : on appareille. Mot employé à dessein car la mer est très présente tout au long de ces JOURS. Où sont convoqués tour à tour la perfection possible dans un monde offert à qui sait regarder, le regret de ce qui s’enfuit, la peur parfois , de ce qui reste, et une dureté profonde, sans pathos, dite avec une économie qui la rend d’autant plus coupante.

Père te souviens–tu

De ces graves et longs

Silences charbonneux

De l’enfance précaire

Quand le soir s’appuyait

Sur les ruines du jour

Avec ces hauts terrils

Et ce ciel d’occasion

Tout mité de misère ?

 

Quoi de plus parlant que ce « ciel d’occasion » quand une vie de travail fait qu’on ne s’appartient plus ?

Ce SILEX fut emporté dans mes bagages lors de mon dernier séjour au japon.

Anecdote pour éclairer ce qui va suivre : j’ai vécu, il y a longtemps, un moment particulier sur un bateau qui m’emportait d’une Île grecque à l’autre, en lisant l’Odyssée.  (Je passe mon temps à lire l’Odyssée en plus des lectures en cours.) Si j’évoque cela, c’est qu’en levant le nez de mon livre où revenait l’image de « la mer couleur de vin » j’ai vu au même instant cet océan violet, pourpré par le soleil, et enfin compris dans ma chair ce que les anciens voulaient dire. Fusion.

Cela s’est reproduit dans mon lointain levant, face à un jardin gonflé de brise et de paix, en fin d’après-midi.

Je lisais alors ceci :

Le fruit de l’ombre est mûr

Le soleil a percé

L’étamine du jour

Quelques gouttes de miel

Tombent sur mon visage.

De quel voyage suis-je ? 

L’accord parfait au dehors, au-dedans.

Je n’ose imaginer dire à Philippe COLMANT « Merci pour ce moment », la phrase est trop dévoyée depuis l’amertume d’une ex-favorite républicaine. Mais j’ai eu un infini plaisir à lire son livre, auquel je reviens. La fidélité à un ouvrage est toujours bon signe. Je l’ai posé sur mon étagère poétique (cette manie du classement…) avec un prudent : « on se reverra ». C’est que c’est vivant, un livre.

Et celui-ci l’est absolument.

 

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