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Publié par Joëlle Pétillot

Beauté du Diable (La chute)

L’idée de cette lumière tenue de Toi m’était insupportable. Ces dix mille étoiles à mon front par ton seul vouloir m’écorchaient comme une brûlure.  Je suis un ange qui sait la douleur.

Je tomberai avec un sifflement de serpent, avalé par la nuit qui est aussi ton œuvre. Ainsi entrerons-nous, ma rage et moi, dans les ténèbres.

À ton troupeau d’ailés louangeurs, il fallait quelqu’un qui s’oppose. J’ai dit « Me voici ». Ce n’est pas Ta volonté qui conduit ma révolte, c’est la mienne. Il y aura l’éternité de ma colère sur le monde, et les hommes auront peur.

En tombant, je deviens ton égal. Je deviens autre, l’Autre,  l’Adversaire. Ma délivrance de Toi ancrée dans l’amour des humains je descends.  Vois, je tombe déjà si profond que je leur deviens accessible ;  ils m’aimeront plus que Toi.

À ta paix béate je préfère le gouffre, riche de possibles, dense à traverser. Tête en bas, voici la joie à perdre l’étoile, les ailes, la beauté. Plus rien que ma nudité d’ange, l’air froid, la paix réelle à être plus loin de Toi chaque seconde, et, à chacune d’elle, la joie.

Dépoussiéré, enfin. Plus que le cœur du cœur de ce que je suis, plus de marque aux épaules, le front lisse de toute pierre. Plus rien de Toi, et autant de pouvoir.

À toi jamais rassasié de soumission, j’apporte enfin la rupture dans le fleuve Éternité. Je deviens Ton évènement. Ton cas.  Au moins, j’aurai choisi. Celui qui viendra un jour ne choisira rien et mourra sur une croix juste parce que Tu le veux. Quel père demanderait cela ? Et pourquoi ? Après son supplice, toi et moi savons que rien ne changera.

Les humains sont fragiles, irritants, prévisibles, geignards, mais ce sont de merveilleux vivants. Je serai une silhouette, je le suis déjà, l’ange que je demeure ne fera que respirer, mais ils se réchaufferont à ce souffle-là. J’incarnerai Ton abandon, comme le noir n’est pas la couleur mais son absence.

Je serai là, comme je l’ai toujours été, d’une façon ou d ‘une autre, ce qui fait de moi Ton pareil.

Et tu te tairas. Tu ne sais rien faire d’autre.

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