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Publié par Joëlle Pétillot

Je perds tout

Je perds tout en ce moment.

L’inachèvement

bonde de l’intérieur

là dans ma main

Oh la rongeante aridité

la vie cascade

à partir des paumes trouées

stigmates d’où coulent les pierres unes à unes, qui ne serviront jamais.

l’envol douloureux de corbeaux, à la moindre photo trouvée.

les filets des pêcheurs d'Afrique, lancés à la lumière avec des grâces de danseur

légers de poissons endiamantés qui sautillent leur mort brève,

comme si sous la vague un jongleur s’amusait.

 

A peine quelques lignes à contre ciel, tête, épaule, pieds.

Toujours les marcheurs de sable avancent

couronnés d’aube

prêts à tout recommencer.

 

Je perds tout en ce moment

Clés portable gants bonnet sourire.

Les mots SDF passent à travers le filet

stériles

inhabités

sournois.

Pourtant

il faut les user pour écrire qu’on n’écrit pas.

c'est bien du plus profond que sourd cette coulure

tout ce qui est perdu ne se contente pas d’oubli.

 

Mais tout ce que je suis en train de perdre

me ressemble.

 

 

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Marie-Cécile 03/03/2021 10:39

Se perdre soi-même alors ?

Joëlle Pétillot 03/03/2021 17:04

Je ne me retrouverais pas, c'et ça le risque. Mais au fond, serait-ce si grave ?

clément G. Second 18/02/2021 20:52

Vous ressemble mais vous ne l'êtes pas, chère Joëlle. Je pointe cette part en nous d’irréductible à la douleur, sur quoi se fonde l'aptitude humaine à tenir bon et à le dire. La vôtre.

Joëlle Pétillot 19/02/2021 10:50

Clément, merci. Vous me manquiez. Vous savez combien j'aime à vous lire. Je vous embrasse.

Huet Valérie 17/02/2021 20:31

Oui, mais...
Si "Ne ressembler à rien" qualifie souvent quelque chose "dépourvu de sens, de cohérence" ; il indique aussi (c'est le dico qui le dit) quelque chose "d'un goût neuf, de particulièrement original".

mireille diaz-florian 17/02/2021 08:17

Je partage avec émotion cette perte: absence d'horizon. Mais les mots sont là, eux pour le dire.
Mireille

Joëlle Pétillot 17/02/2021 14:18

J'en suis là. Merci Mireille.

Alain Nouvel 16/02/2021 18:43

Ton texte touche parce qu'il n'a pas de solution, il dit, il constate et voilà. Aussi reste-t-on à t'écouter, sans pouvoir te consoler, sans pouvoir se consoler, ça reste inconsolable, comme la vie. En tout cas, ton texte me fait ressentir, quoi ? L'à quoi bon ? La vanité de tout ? Et puis, en y pensant encore, je songe à Du Bellay et à ses Regrets "Et les muses de moi comme étranges s'enfuient" disait-il au moment le plus beau de son œuvre. Je ne voudrais rien te dire de plus mais il me vient cette "consolation" qui vaut ce qu'elle vaut, que la perte te va bien, qu'elle te permet tout de même d'écrire parmi les plus poignants poèmes que tu as jamais écrits.et qu'elle est belle ton errance sans rampe, sans "garde-fou", sans perspective. En tout cas, tu nous invites à aller au plus profond, au plus désespéré, au plus authentique et intime, et ça, c'est très précieux. Bisous !

chome 15/02/2021 18:25

C'est vrai que tout ce que l'on perd nous ressemble ; c'est même consubstantiel, comme dirait l"autre.
Le problème est qu'à force, on risque de ne plus ressembler,
à rien..

Joëlle Pétillot 15/02/2021 18:54

J'en suis là.