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Publié par Joëlle Pétillot

Dessin de Fred G. <a href="https://www.galerie-com.com/artiste/fred-g/21500/">Fred G</a>

Dessin de Fred G. <a href="https://www.galerie-com.com/artiste/fred-g/21500/">Fred G</a>

Je suis un amalgame d’où gicle la terreur, un monstre nu. Les cris de tous les morts par ma dévoration hantent les parois au noir du labyrinthe broyé de sang et d’os. Longtemps, les gardiens m’abreuvent et me nourrissent dans les ténèbres, sans jamais m’approcher. Le temps est une inexistence qui me ronge, comme la souillure d’où je suis né. Mais vient le moment où des torches s’allument, où je vois ce lieu qui m’abrite, ses murs aux éclats rouges, ses chemins en étoile depuis ce cœur terrible où je les attends. Ma haine s’attise encore de ce qu’ils ne mourront pas seuls.

La flamme s’élève, je sais alors mon tribut tout proche.

La magie des dieux est cruelle. Les torches ne sont pas là pour que je les voie, mais pour qu’ils me voient, eux ; qu'ils ne perdent rien de leur mort au visage rehaussé de cornes, au corps musculeux, au mufle agrandi d’une faim de sept ans. Ainsi joue ma satiété, qui prend tout son temps. Les voir trembler ressemble à de la joie.

Viendra un jour un homme qui tiendra à la main une chose ténue, à peine visible, donnée par une issue du même ventre que moi. Mais pas cette fois. Pas encore. Aussi je fais ce que je sais le mieux : attendre, et me repaître.

Ils entrent, serrés les uns contre les autres, salant leur lèvre de larmes et de morve, criant pour certains quand d’autres n’en n’ont plus la force.

Ils entrent drapés de sueur. Certains sont beaux, pas tous. Dans une ville lointaine des gens les pleurent, emplissent les autels, versent le sang des bêtes pour demander envers et contre moi une destinée qui les épargne.

Ils entrent et sont si pâles, si jeunes ; leur peur palpite sur les parois qui tremblent autant qu’eux des reflets de la flamme. Leur visage apparaît, disparaît, puis revient. Les choses iront très vite, ma faim est un cadeau qu’ils ne soupçonnent pas.

Ils entrent en silence, leurs pieds nus glissent presque, leurs pas ne sont pas sûrs. Dans la ville lointaine qui me fait ce cadeau, des êtres inconnus, père, frère, mère, sœur, prononcent leur nom en retenant des larmes.

Un nom, cela même que je n’ai pas reçu.

Minotaure ne me nomme pas ; au mieux cela me désigne.

Alors ma haine grandit.

 

Lien avec le site de Fred G.   http://fred-guedon-art.eklablog.com

 

 

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Commenter cet article

Mireille 31/07/2021 13:21

La juste force pour que nous partagions colère et souffrance.

Joëlle Pétillot 01/08/2021 19:26

Merci de cette lecture, Mireille.

Ulys Derun 31/07/2021 11:32

Votre texte est tout à fait remarquable. Comme tant d'autres. Bien à vous.

Joëlle Pétillot 01/08/2021 19:28

Merci pour ces mots aimables, Ulys.