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Publié par Joëlle Pétillot

Myrrha, naissance d'Adonis, esquisse de Nicolas Poussin.

Myrrha, naissance d'Adonis, esquisse de Nicolas Poussin.

Si des dieux existent, ouverts aux aveux,
j'ai bien mérité le dernier supplice et je ne le refuse pas ;

mais je veux éviter de souiller les vivants, en restant en vie,
et les défunts, en mourant.

Alors, excluez-moi des deux royaumes

Ovide, Les métamorphoses. Livre X.


 Voici enfin la lente, trop lente punition.

Attendre au-delà de la souillure. Au-delà de la mort, de la vie, du mal fait.

Une déesse m’a insufflé cette folie dont je serai la seule punie. Nos dieux sont ainsi : étriqués et cruels.

Ni morte, ni vivante, faites de moi une double absence, un arbre crépusculaire.  Que l’écorce me gagne, et racines, et tronc, et feuilles marqueuses de saisons.   

Un jour le fils que je porte déjà crèvera mon écorce-lisière entre le possible et la nuit.  

 

Mon enfant né outre vie d’un amour dément, il me naîtra pour toi des larmes étranges qui porteront mon nom. Tu sauras que j’ai enfoui mon visage dans le bois qui montait, pour abréger la lente, trop lente punition.

Mes bras-branches ne te prendront jamais, ne te porteront pas.

Toi, que je sens palpiter au cœur de mon écorce dévorante, toi plus beau que la Beauté, attisé de sourires, jamais tu ne connaîtras le mien.

Toi

solaire né d’un amour de boue,

limpide né d’une tromperie,

droiture née d’un leurre.

 

J’aurai pour seule voix celle que le vent me donne. Et lui pour seule danse, et pour seul messager. La brise porteuse de murmures m’apportera peut-être un de tes cris d’enfant, des rires, un chant. Dangereux espoir : il me fait vivante, c’est oublier que je ne le veux pas.

Dieux ingrats, si peu compassionnels, délivrez-moi de la brûlure d’être,

épargnez-moi la sérénité de n’être plus.

Ni souffle

ni rêve.

L’apprivoisement des ténèbres occupe si largement nos vies.

J’ai cru les dompter.

Elles m’ont tout pris.

 

 

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Alain Nouvel 19/08/2021 17:27

Coucou Joëlle,
Myrrha, l'un de mes contes favoris dans les Métamorphoses d'Ovide, cette fille amoureuse folle de son père et qui imagine un stratagème passionné pour le piéger... Il s'agit bien de la brûlure d'un fantasme; la puissance d'une rêverie. Très masculine, pour le coup. J'ai toujours senti Myrrha comme une invention de père désireux de coucher avec sa fille sans en être coupable. Mais bon, le désir, ça va, ça vient, ce qu'on en dit... Tout est possible, et son contraire. Ton texte fait un très bel écho au mythe. Bises.