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Absence de théorie et non pratique des choses

Outre-ciel

Outre-ciel

Il pleut de la nuit sur les choses. Le regard perd le toit, le clocher, le pont, l’eau claque en rafale d’éclairs, les lumières griffées ne déchirent rien, surtout pas l’obscurité d’un jour qui ne porte plus son nom. L’orage efface, strie, ricane ; plus rien ne se ressemble. La peur seule est vivante et ne désarme pas. Parce que le bruit empêche le sourire, déniche la paix dans le secret des profondeurs, la saisit, fait tourner, pour la jeter aux loups dans les ravins où nul ne peut se réfugier pour cause de tueurs-nés : le temps, s’il ne s’agit que du tonnerre… ou les drones.

Le rouge habille la colère, mais l’embrasement d’un ciel avant la nuit ?  Colore les ruisseaux d’un sang de combattant, mais la rose, qui dit, paraît-il, la passion dans le langage des fleurs ?  Recouvre le drapeau d’un vieux rêve égalitaire ; pour autant, la toge impériale ou la robe cardinalice…

Ici et maintenant, nulle ambivalence : l’horizon d’un rouge noir, fureur d’une nuée amputée d’azur, se plaît à simuler la mort venue d’en haut. S’invitent alors, en écho, les souffrances, les pleurs, les déchirures de trop de peuples, depuis qu’il est possible, depuis ces altitudes, de faire pleuvoir les deuils.

À nous autres lointains, perdus d’un simple orage, la conscience du pire dit des mots qui nous serrent la gorge ; oh, la pensée de ces souffrants sous les bombes, comme elle fait de nous de belles personnes, pendant ces instants de tonnerre bientôt passés, sur des collines bientôt remises ; ces instants de noble, triste, déchirante… et ô combien pusillanime culpabilité.

À nous autres humains nés dans la paix du monde, qui ne sommes ni enrôlés, ni opprimés, que reste-t-il, quand la seule idée de la barbarie est insupportable, d’où qu’elle vienne, et quelles que soient ses victimes ? Pourquoi l’impuissance pèse-t-elle si lourd un simple jour d’orage ? Et d’où ce sentiment urticant que c’est inutile ?

La colère alors enfle, s’étale, gagne les artères, le cœur, l’estomac, la tête, les pieds.

Et puis… l’orage s’éloigne. Et on les oublie, « eux ». Même si le bruit de l’univers nous parvient sans désarmer. On les oublie. Il faudrait un orage bien pire, peut-être. Une foudre d’outre-ciel, des éclairs d’outre-feu. Des cris d’outre-peur.  Pour gagner enfin une île de colère qui soit féconde.

Une île d’outre-rage.

 

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Joëlle Pétillot


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