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Absence de théorie et non pratique des choses

Tir à vue, vis-à-vis...

Tir à vue, vis-à-vis...

Voilà (trop) longtemps que je vous laissai, vous tous, à l’abri des grandes hontes, gaffes, et autres bévues de votre servante, laquelle n’en n’est pourtant pas avare, si l’on en croit quelques amis dans le monde réel, mes enfants, petits-enfants, voire maris.

Oui, avec un « s ». Et alors ?

Mais celle-ci, comment qualifier l’indicible, l’extra-ordinaire, le hors champ ?

Le mieux, c’est de narrer.

Narrons donc…

Je me trouve actuellement dans un petit village sudique, au sein d’un logis en cours de réfection mis, pas-à-pas, au goût plus moderne des actuels occupants ; en gros, petit un : celui qu’il m’arrive régulièrement de côtoyer parce qu’il sort de la salle de bains ou berce mon sommeil d’un élégant ronflement, et, petit deux : moi-maême.

Le co-locataire est doué, sait tout faire de ses mains, dompte indifféremment les écrous, la ponçeuse, les sécateurs, les vis, le tableau électrique, la tondeuse, le burin coudé, la débroussailleuse et les robinets. J’en oublie, soyez en sûrs.

De mon côté, la sphère de compétence est beaucoup plus restreinte. Hormis décoller le papier-peint et donner un coup de peinture sur mur, meuble, ou autre, me rendre techniquement utile au-delà relève du rivage inconnu, du rêve fou ; un peu comme le tricot. 

Voici : nous sommes un jour maussade, la pluie tombe. «  Qui pleut le plus pleut le moins » me dis-je comme un mantra, mais non, ça va tomber dru jusqu’à la nuit semi-tombante. Lui entre donc dans ses activités, qui ont lieu la plupart du temps dans son atelier sis au sous-sol. Je me plonge dans les miennes, un boulot méticuleux puisque je bricole un cadre pour mettre en valeur, bien que ce ne soit pas dans mes us, un dessin de mon cru. Travail de petite fourmi qui réclame une certaine concentration…

… Et là, je souffre.

Le mot n’est pas trop fort.  Lorgnons au nez, je ne m’y retrouve pas ; je veux mettre un truc ici ?  Je le place à côté. Veux-je  distinguer un machin ? Je dois reculer un peu. J’essaie de couper droit le papier à coller sur le cadre ?   En sort une forme inattendue qui tient du spaghetti dégénéré, aussi inutilisable qu'irritant.

Je m’irrite, donc, et pas petit.

Là-dessus, l’homme sort du sous-sol. Comme la porte donne directement dans le salon, il ne monte pas : il apparaît. Voire surgit comme un champignon, et son pas, que je connais, est celui de l’agacement. Il maugrée, grognonne, dit qu’il a du mal, voit flou d’un œil redescend, et sa râlitude se perd dans les profondeurs.

 je reprends ma bagarre avec les ciseaux, la colle, et...  Je me plante, recommençant tout de A à Z, quand j’étais presqu’au bout de mes peines.

Mon côté Agathachristien parle alors, pour ne pas dire qu’il hurle. Quand ça ne va pas, une bonne tasse de thé… Je la savoure comme je peux, devant un champ de bataille, pauvre tas de papiers découpés, de règle, de crayon, de chutes, plus le cadre, une épave, toujours à moitié pas fini,  comme couvert de scrofules, misérable et boiteux. Voilà mon ressenti. Un effondrement.   

Alors, surgit derechef, depuis le bas, le seigneur des lieux. Qui me dit d’un ton neutre :

  • Regarde mes lunettes. Tu remarques rien ?

Je m’exécute, scrute, épie, observe. La réponse s’impose, un peu sèche, voire coupante, et sans style, je l’avoue :

  • Ben non.

Il m’ôte les miennes, ôte les siennes.

Procède à un échange. 

Miracle.

En fait, toute cette journée mouillée, chacun a tenté de faire un travail de précision avec les lunettes de l’autre.

Et on s’était vus à l’heure du déjeuner. Sans réaction aucune. J’avais bien noté un genre de petit flou dans les coquillettes, mais s’alarmer pour si peu…

Depuis, on fait bien attention.

Alors, pourquoi cette douloureuse certitude qu’un jour, ça recommencera ?

 

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À propos
Joëlle Pétillot


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C
Excellentissime, ma Bou ! Z'avez jamais pensé à prendre des lunettes de couleurs radicalement différentes ?
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D
Merci de ce texte qui me réjouit dans un train qui part pour Nîmes avec 2 h 30 de retard
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