Absence de théorie et non pratique des choses
22 Janvier 2026
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Le silence des phares retient la mer par la lente torture des vagues sur les rochers, et leur fierté à ne pas se rompre. Poignard sur la houle, qu’il ouvre en grand, sans blessure, le silence des phares ne se ressemble pas. Il dit la solitude comme la fureur du monde. Le gardien dont la peau tient les pierres, l’escalier tournant, qui vu d’en haut semble un œil maquillé, spiralé de résonnances ; sauf à voir l’île ou la mer, de si haut sur l’écume, si familier du ciel, tous savent à quelle mesure ces altitudes jettent l’humain à sa vraie place : celle d’une fourmi.
Le silence des phares fait du diabolo avec les éclats de lumière saupoudrés sur cette jupe d’eau, sans couleur parce qu’en une seconde, elle en compte des milliers.
La verticalité relève de l’absolu ; celui du danger, comme du pouvoir. L’immobilité de la roche, sans sa nature. Ce que cette vigie de métal oppose au mouvant ne va pas sans violence. La narration du vent, ses contes de sel immémoriaux, aux mots forgés de brume et de pluie balayées, parle aussi de brisures, de coques pulvérisés, de noyés. Elle a longtemps porté, comme des trophées, les angoisses des femmes, où gifle à pleine gerbes l’incertain du retour, sur une question, une seule, à laquelle répondent tous les océans du monde par la profondeur des gouffres.
Le silence des phares tire sa sagesse d’un fol azur partageur de lames, où galopent mille chevaux. Il tisse un temps à nommer les vagues, quand celles-ci se retirent et roulent l’entêtement entrechoqué des galets. Alors la mort, pour un temps, échoue.
Le silence des phares, aux fracas du chaos, retourne une puissance chargée de secrets, qui dit seulement : « Je demeure ».
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