Petite chronique des grandes hontes - 9- PABLO...

Publié le par Joëlle Pétillot

Petite chronique des grandes hontes - 9- PABLO...

Je suis dans un appartement occupé il y a des décennies, lors d'une autre vie. Tout est resté intact, je sens sous mes pieds le contact de la moquette verte, je vois la toile de jute au mur, la fenêtre en rotonde.

Il fait nuit noire, mais ça ne me gêne pas le moins du monde, je vois très clair, merci.

Soudain, je distingue un enfant. Un petit de trois ans et quelques. Il ressemble à ma petite-fille, ou à son père petit... C'est un subtil mélange des deux ; enfin, cet enfant inconnu m'est quand même familier, même s'il n'a pas de nom.

Il me regarde et ses yeux immenses reflètent une telle détresse que j'en ai l'estomac qui fait des huit. Je lui tends les bras, je le serre, et il me dit "ne me laissez pas là, parce que Pablo veut que je dorme dehors, et j'ai froid. Si Pablo voit que je suis là il va me jeter dehors il fait trop froid, s'il vous plaît, pas Pablo..." que ce môme de trois ans s'exprime comme un adulte est normal, comme le fait d'être dans un lieu où je n'habite plus depuis trente ans.

Soudain, je sens Pablo présent, sans le voir. Je veux crier sans y parvenir, je me mets devant le gamin, cette enflure de Pablo ne touchera pas à un seul des cheveux du gosse. Pourtant la présence se fait de plus en plus lourde : un concentré de malveillance, une dangerosité palpable, la mort en marche.

Je pète de trouille, mais Pablo, s'il s'approche, je le castre à la lime à ongles sans anesthésie.

Je me dis qu'en forçant, je vais enfin pouvoir crier. Il faut que je puisse crier pour que la Présence se calte. Je me rassemble, le petit toujours derrière, accroché à ma cuisse.

Et enfin, l'air sort, la voix revient, et je hurle à m'en pulvériser la glotte :

PABLOOOOOOOO !!!!!!!!!!!!!

Noir.

Silence dans la chambre, où je viens de me réveiller le cœur en charpie et les jambes molles. Ce n'était qu'un rêve, mais pesant; j'en tremble encore.

Je respire un grand coup, histoire de me rendormir, si je peux.

Mais une voix nette, coupante, et pour tout dire à peine aimable tranche le silence nocturne à la hache.

La voix du monsieur qui dort avec moi depuis un bout de temps.

Cinglante, précise.

Un poil soupçonneuse.

Inquisitoriale, même.

- C'est qui, Pablo ?

- Heu...

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Marie-Cécile Objectivement Nature 17/03/2015 21:37

Heu ! :-)

Claudedu84 05/03/2015 09:15

trop drole!!!!! on vit la situation!!!! (amie avec Michèle)

Joëlle Pétillot 05/03/2015 13:02

Merci Claudedu84 ...

Colette Bonnet-Seigue 03/03/2015 23:23

Serais-tu une ancienne égérie de Picasso? M'enfin! Mets- toi à la place de ton compagnon?
Smiles!!

Tanguy 03/03/2015 18:26

Néruda M'sieur ! Néruda ! c'est sur ... rien à craindre.