Saint Quay Portrieux, 30, rue de la fontaine.

Publié le par Joëlle Pétillot

Saint Quay Portrieux, 30, rue de la fontaine.
Saint Quay Portrieux, 30, rue de la fontaine.

J'appartiens à un pays qui restera toujours dans mes veines, mes artères, mes muscles et mes os.

Un endroit où la mer, comme toutes les mers du monde, ne se ressemble jamais.

Où les saisons se donnent rendez-vous en une heure.

J'appartiens à l'odeur si précise de la chaleur, sur la plage du port. La douceur du sable y est singulière, Je me souviens du contraste étonnant, quand la plage de la Comtesse devenait trop fraîche et qu'arrivée sur le port une chape de tiédeur enveloppait de bien-être mes épaules d'enfant, cette sensation sous la plante des pieds, d'un satin blond et fin quand les cailloux de la Comtesse, plus rugueuse, ravinait un peu, mais pas tant.

J'appartiens à la petite cabine blanche du CRS, incongrue et désormais vide, sur le rocher, cet abri rond et quasi maternel où mes écorchures au genou trouvaient toujours à qui parler.

J'appartiens au chemin de ronde, si résonnant de cris le jour, la vie si près, en contrebas, si mystérieux et propice aux baisers, la nuit où ses bordures se piquaient de lucioles.

J'appartiens à une mer sauvage les jours de tempête, où l'on venait jusqu'à la Brèche pour voir les vagues voraces happant la jetée et ne faisant parfois qu'une seule et magnifique bouchée du vieux phare.

J'appartiens à ce cri des mâts sous le vent, une note aiguë tremblée sur les bateaux dansant vaguement sous la houle, à marée haute.

J'appartiens à toutes les plages de la ville, où mes enfants ont laissé leurs empreintes minuscules, après la mienne.

Au 30, rue de la Fontaine existait un empire : le mien. Le jardin de ma grand-mère surplombait la rue où je n'avais pas le droit d'aller. Je regardais les enfants jouer, les maisons basses en face, cette rue devenue si attirante car nimbée d'interdit. Un jour peut-être, je serais assez grande pour y aller ? Mais rien n'était moins sûr.

Une autre maison chargée de souvenirs a pris le relais. Elle est là, encore, et celle qui en est l'âme y est aussi.

Quand je reviens chez moi, mes pas me portent vers le 30, rue de la Fontaine.

Ce n'est plus ma maison depuis longtemps, mais vue de la rue l'enfance est là, solide dans ses murs, accrochée. Même si les rosiers ont disparu...

J'appartiens aux escaliers de la plage de la Comtesse, pris des milliers de fois avec l'ami qui est resté le mien depuis tout ce temps. Et lorsqu'on pélerine, tous les deux, deux mômes pêchus inséparables nous précèdent, qui les dévalaient d'un trait, en courant, sans se poser la moindre question.

Ensuite, on regarde notre plage, notre île. On évite soigneusement, face à la mer, de trop regarder à droite. La Criée n'est pas ce qu'il y a eu de mieux...

J'appartiens à un pays où dorment désormais beaucoup des miens.

Mais pour les réveiller je pars de ma maison de la rue Louais, je traverse la nationale, finis le chemin par le Tertre Breton (plutôt ce qu'il en reste), voici les trente dernier mètres...et de plain pied, de plein gré, je suis au 30, rue de la Fontaine.

Je dois vous laisser, j'ai huit ans, et mes grands-parents m'attendent.

Publié dans poésimages

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Nouvel Alain (Mauron) 13/02/2015 20:55

Très beau texte! Et, tu as raison, c'est nous qui appartenons à un pays. Lui, ne nous appartiendra jamais. Merci de cette nostalgie lumineuse.

Colette 13/02/2015 19:43

Mince, j'en frissonne, j'ai la chair de poule et j'ai huit ans aussi.