Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Joëlle Pétillot

Passé les vagues

Posé dans l’oblique du soir, il y a cet or presque rouge qui pointille les hauteurs, toits ou falaises.

Un silence, celui qu’on reconnaît à la netteté des choses, au froid des contours.

La mer a monté, les bateaux oscillent sur une absence, celle du vent. Le maître du bal est un chalutier dont le sillon claque sur les coques. Les voix cisaillent l’air, rebondissent. Les bruits reprennent leur droit et tout le port balance sur cet entre-deux.

Dans l’eau oscillent des cheveux à méandres, les algues incurvées qui se prennent à la chaîne tendue, à la bouée orange qui ludionne dans son clapot, puis relâchent un peu l’étreinte et semble regarder ailleurs.

L’horizon porte le poids des îles, celui des cardinales, celui de mon passé. Comment autant d’enfance, de pieds nus, de jeu dans les petites flaques des rochers, ces océans pas plus gros qu’une main,  comment autant d’odeurs salées, d’écorchures aux genoux, de sables différents, comment autant de vie peut-elle tenir sur une seule ligne, celle-là même qui fait la terre séparée du ciel pour mieux les lier ?

La lumière l’ignore puisqu’elle joue. La mer continue d’arriver, commence à lécher les coques, l’enrochement, les canots (appelés ici « canotes »). L’œil des pierres fixe la falaise en face, d’où quelques maisons, certaines grandes et belles, la regardent en retour : une immobilité en vaut une autre.

Le temps d’un regard vers le bout du monde et la mer a encore gagné. Elle va bientôt couvrir la langue de sable sec, dont je sais qu’à cette heure il est froid sous les pieds. La grève offerte aux attentes, les bateaux bâtis sur l’adieu : tout s’enclot dans une vie de vague, un cri d’écume qu’un autre écrase à peine fini. L’horizon s’use de regards, descend, consume dans une note jaune sa clarté de pont lavé. 

C’est le moment où tous les océans se ressemblent, jusqu’à ne plus avoir de nom.

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Joëlle Pétillot 10/09/2018 21:26

Oh, tu sais mon désintéressement, je fais les choses comme ça, spontanément, sans attendre de merci. ;-))))

Cachou 10/09/2018 20:39

Je reviens à peine, et déjà je veux repartir ... Je ne te remercie pas !!!! ;-)

Alain Nouvel 30/08/2018 21:25

Non, tous les océans ne se ressemblent pas, je le confirme, même le soir. Et même le même. L'Atlantique en Guadeloupe n'est pas du tout le même qu'en Bretagne. Il n'y a pas plus de marée sous les tropiques qu'en Méditerranée (du moins ceux que je connais). Et la mer Jaune ? Si tu voyais comme elle est jaune ! Cela dit, le sable froid sous les pieds, je sais ce que c'est ! En Atlantique comme et Méditerranée.... C'est que l'été s'en va et que l'automne s'en vient... Bisous. C'est beau comme une caresse salée.

Bénédicte 30/08/2018 03:40

Superbe ! Vos mots, l'océan en chacun de nous...

Joëlle Pétillot 10/09/2018 21:25

Merci bénédicte !

Bruno FortuneR 30/08/2018 02:05

De la peinture, c'est de la peinture, chaque mot, chaque phrase semble être un coup de pinceau qui peint ce paysage. Merci

Mich 29/08/2018 19:16

Merci Joëlle. Le temps d’une lecture vers le bout du monde et la mer m'a envahi jusqu'au bout de moi même.

Clément G. Second 29/08/2018 19:02

Superbe tango-tangage en lignes de sel à plusieurs phases et partenaires, constance & succession !

Colette 29/08/2018 18:51

Enchantement de te lire !