Absence de théorie et non pratique des choses
Je suis dans un appartement occupé il y a des décennies, lors d'une autre vie. Tout est resté intact, je sens sous mes pieds le contact de la moquette verte, je vois la toile de jute au mur, la fenêtre en rotonde. Il fait nuit noire, mais ça ne me gêne...
Quel Nom traverse au loin les pierres ? Entre le bord hurlant et l’imprononcé des prières, la fragilité d’un seuil. Entre les haillons du paraître et l’aube des âmes nues dans leur dépouillement, un appel sous les arches parées de résonances. Entre la...
Je t'ai laissé couché dans la paille, après un tour à l'estaminet. Suite, donc, de ton quotidien de soldat, en 1939, dans une campagne morne. Tu ne sais pas encore que les barbelés t'encercleront, peu de temps après, pour te voler l'enfance de tes deux...
J'appartiens à un pays qui restera toujours dans mes veines, mes artères, mes muscles et mes os. Un endroit où la mer, comme toutes les mers du monde, ne se ressemble jamais. Où les saisons se donnent rendez-vous en une heure. J'appartiens à l'odeur si...
< Q ue dire aux anges ? Ils passent, et n'écoutent jamais. Pas moyen d'en placer une. Sans doute pour ça que chacun se tait. L e temps file. Les bas aussi. Réparer ? Pas question : ni horloge, ni talon. Que des erreurs d'aiguillage. L e fil du rasoir...
Blancs sont les mots gisants dans vos lèvres fermées. Blanc le tissu qu’on devine léger à la pulpe des doigts, comme vos contours émergeant de l’obscur en un demi-sourire hurlant l’immensité de vos secrets. La douceur met vos mystères dans la clarté des...
V ienne la nuit et l’être qui tremble au milieu, s’il nous ressemble, doit lutter. Morbide volupté que le sommeil du monde, à ne pas y plonger, à relever du vertical, à piétiner les paupières closes avec un relief inquiétant. Vienne la nuit et je répète...
La folie, c'est comme le café : meilleur en grains. Penser à planter ces grains là sur des terres d'ailleurs, des déserts fertiles, des rivières affolées auxquelles rien ne résiste, surtout pas les raisonnables. Ceux là, gardons nous en. Ils ne savent...
Chacun sait que les dessous affolent : la dentelle nacrée sur une chair rose, la noire dont les méandres savants révèlent la blancheur , les bretelles souples et satinées glissant avec tant de grâce sur une épaule offerte; tout attire la lèvre gourmande,...
Certains jours, il y a complot. On ne discipline rien: ni ses gestes, ni les évènements, ni les gens: tout nous échappe, désobéit, se dérobe, se dépoile pour ne plus laisser que l'os à ronger de ce qui aurait du se passer. Aurait pu. Si seulement... Le...
Les banques constituent des lieux glacials où officient des robots. Pourtant, il arrive qu'on s'y rende en sifflotant. Ce jour là... Ce jour là, au chaud dans ma bonne vieille voiture rouge, j'avais mis à profit la pause-déjeûner pour me rendre dans le...
Les cailloux des rivages dessinent une ombre dans l'eau. Un palais de mosaïque, poème en prose minérale, et la musique de la terre crie tout autour ; celle-là même qu'on ignore, la musique des berceaux. Les arbres meurent à peine, ils y mettent le temps....
Il était une fois dans une vie très ancienne, parce que mon unique fille, désormais femme radieuse, était alors une frimousse de treize mois et quelques... Après une journée de travail bien remplie, et sans doute préoccupée par un dossier importantissime...
Je t'ai quitté à-bas de ton cheval, le coude abîmé. Tu es évacué vers un hôpital... Je sais l'avoir dit bien des fois, je n'ai pas connu le jeune homme que tu étais, mais il y a des passages, dans ce qui suit, où je te retrouve pleinement. Mes aînés,...
Loÿs Pétillot, jeune homme, jeune père de mes deux aînés, vit son premier jour de soldat à la fin d'un mois d'août particulier, celui de 1939. Dans l'écrit précédent, la voiture de son beau-père, une 202, en s'éloignant, "coupait le dernier lien qui le...
Cette fois l'errance prend un tour plutôt comique, malgré les ruines et grâce à la débrouillardise du décidément indispensable Balduzzi, dit Baldu... Dessin du narrateur lui-même, bien sûr. 18 mai (1940) Compiègne. Il est une heure, tout dort. Nous avons...
J'ai quitté la maison silencieuse, j'y ai laissé quelqu'un qui me connaît par cœur, à qui parfois je ressemble, paraît-il. Nous sommes sœurs, fusionnées, pourtant riches de nos dissemblances. Entre nous dix-sept années et des souvenirs. Certains communs,...
Les pérégrinations hasardeuses continuent, d'où l'on sent ton agacement devant le vaste foutoir initié par l'imbécillité de l'armée. Compères de crayons connus dans ces remous, pique-nique à plat ventre et chevaux-espions, rien ne t'est épargné, pas même...
Ecrire un livre abscons, dans le genre imbitable - neuf cents pages imprimées petit - et l'intituler : "Éloge du flan". ____________________________ Gros gâteau, trois convives. Prendre, en se servant la première of course, le plus conséquent morceau...
Il y a eu ces deux jours où nous nous sommes vus, mon jeune homme autre, mon différent. Tu es adulte, maintenant, même si tu restes en dépit de tout mon enfant-lumière. Longtemps que nous n’avions pas eu de temps ensemble, rien que toi et notre espace,...
Bien des années auparavant, existait rue de Rivoli à Paris un local tout en longueur, un ancien machin reconverti en genre de foir’fouille tout-a-dix balles, (ou cinq, je ne sais plus, ce qui n’a pas une importance majeure). C’était une sorte de couloir...
La périophyte, du fait qu’elle se nourrit de radioles, a du mal à se développer sur terrain infravibratile, peu propice à l’accueil des hyalosiludacées dont elle fait partie (bien que la classification tertiaire des éphlangylées dite « Classification...
Les contes de fées sont structurants pour le développement de la psyché enfantine. Bien bien. Nous allons donc procéder à une revue de détail. Commençons par Blanche-neige ♪♫♪, il faut bien commencer par quelqu'un. Objet de la vindicte d'une marâtre narcissique,...
Ça s'est passé il y a très longtemps. C'est un souvenir féroce. Ferroviaire aussi. Un train m'emportait alors, après une rude journée de travail et une nuit fort courte l'ayant précédée : rien d'inavouable, juste une fête joyeuse entre potes et potesses....
Petit rappel pour les non-initiés : quand je parle de grande honte Ivrienne, cela signifie que les événements se sont déroulés à Ivry-sur-Seine, au sein de l’hôpital où j’ai sévi durant deux décennies et des broquilles. En étant logée sur place, détail...